Driemaandelijkse uitgave van de vereniging Adrar voor de Tamazight taal en cultuur

ISSN. 1385-2337

jaargang 2, nummer 4 juli / september 1996

 

INHOUD

 

Vooraf

 

Wetenschap

 

Taalverlies en taalverschuiving van het Marokkaans-Arabisch in Nederland. door A. El Aissati

Un essai de traduction du Coran en berbère door K. Naït-Zerrad

 

Tamazight Actualiteiten

 

Algerije : Eerste uitgebreide televisie-journaal in Tamazight

Marokko : Achttien Berberse verenigen eisen erkenning van Tamazight

Agadir : Internationale Conferentie over Tamazight onderwijs

 

Publikaties

 

Drie publikaties van Association Tamazgha

 

Boekbesprekingen

 

Apuleius ! Apuleius help Tamazight ! door A. Ben Aissa

La présentation de l’édition des textes berbères des Aït Souab de Jean Podeur, door M. Saadouni

 

Interview

 

Interview met Mustafa Ayned

 

Literatuur

 

Trayetmas Umasin, door M. Ayned

Aåuyet ujemma™in, door K. Ahdidouch

Yemmut ³eddenbi ddaren wawaören ines, door A. Essadki

 

Tekst in het Tamazight

 

Tanfust n ëmed Aícayci d yeÞi-s uzeÞid, door M. El Ayoubi

 

 

Een poging tot het vertalen van de Koran naar het Berbers

 

Kamal Nait-Zerrad, Een gedeeltelijke vertaling van de Koran naar het Berbers (Proefschrift ter verkrijging van de graad van doctor in de letteren aan het INLACO/ Parijs).

 

une langue en pleine évolution. Après Le berbère est aujourd’hui

quelques millénaires d'hibernation, forcée, voulue

ou inconsciente, cette langue se

met à faire parler d'elle

 

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et is niet de eerste keer dat Berbers de Koran in hun taal proberen te vertalen. Er wordt in de geschiedenis melding gemaakt van Berberse Korans, niet alleen als vertaling van de authentieke Koran maar als heretische versies van het heilige boek van de Moslims. Vandaar dat het vertalen van de Koran naar het Berbers, afgezien van alle taalkundige of taaltechnische problemen waarmee het Berbers kampt, een taboe is. Niet naar het Frans - waar meer dan 30 vertalingen bestaan, het Nederlands of een andere taal. De reden is eenvoudig: Berbers horen Arabier te zijn of te worden en ze hebben dan geen behoefte aan een Berbertalige Koran omdat ze dan Arabisch kunnen begrijpen en lezen. In deze context is wat Kemal Nait-Zerrad op 21-5-96 deed niet alleen een wetenschappelijke proeve ter verkrijging van een doctorstitel, maar ook een politiek-ideologisch doorbraak: het vertalen van het heilige woord van de Koran naar het o zo vulgaire Berbers!.

 

De presentatie die hier volgt - in het Frans- is het inleidende woord van Kamel Nait-Zerrad. Het gaat om een (taal)wetenschappelijk vertaling, dat betekent dat het doel van de vertaling niet het maken van een gewone vertaling is, maar eerder een uitleg is hoe een vertaling kan worden gemaakt, en wat dat oplevert in het Berbers (van Kabylië, Algerije). Hiervoor zijn vereijst 1) een beschrijving van de taal, 2) werken op de taal en, 3) het vinden van een nauwkeurige notatie-systeem van het Berbers. De promovendus geeft vier redenen waarom hij voor de Koran als onderwerp heeft gekozen: 1) rijkdom van het woordenschat, 2) universele werk, 3) werk met een nauwe contact met de Berbers, en bovendien, de Koran is oorspronkelijk oraal- zoals het Berbers en wordt uit het hoofd geleerd en opgezegd. Het doel van dit werk is, volgens Zerrad, een steentje bijdragen aan de emancipatie van het Berbers van gesproken taal naar geschreven taal.

 

 

Un essai de traduction du Coran en berbère

Par Kamal NAIT-ZERRAD  _________________________________

 

Le berbère  est aujoud’hui une langue en pleine évolution. Après quelques  millénaires d’hibernation, forcée, voulue ou inconsciente, cette langue se met à parler d’elle. Le travail que nous présentons ici s’insère dans le grand  mouvement de promotion de cette langue et de son passage de l’oral à l’écrit.

 

La question qui se posait à nous était la suivante: Comment intervenir et par quel moyen, sur cette langue qui a été livrée à elle-même depuis son apparition pourrait‑on dire, afin de l'inscrire dans la modernité, pour qu'enfin elle participe à part entière à cette civilisation de l'écriture, et par là même, de faire que le berbère, en tant qu'individu reconnu comme tel, devienne acteur, agent de l'histoire.

 

Ce travail se propose d'apporter des éléments de réponse raisonnée. Mais pour agir sur la langue, une tache préliminaire était indispensable, il fallait:

 

‑ premièrement, décrire la langue avec précision afin d'en tirer des règles indispensables à la création de néologismes, en particulier pour ce qui est des dérivés, des composés et des correspondances phonématiques interdialectales et intradialectales,

 

‑ deuxièmement, étudier d'une manière approfondie sa structure et plus particulièrement l'organisation de l'énoncé en berbère,

 

‑ troisièmement, proposer un système d'écriture et de notation de la langue, qui soit le plus complet possible ‑ ce qui ne signifie pas système figé ‑ en tenant compte comme nous l'avons dit, de tous les parlers kabyles mais également des autres dialectes berbères.

 

Ces préliminaires ont fait ou feront l'objet d'ouvrages publiés. Il y a eu bien entendu des travaux dans ce domaine, auxquels nous nous sommes d'ailleurs référés, mais la normalisation, la cohérence et la systématisation n'ont pas toujours été leur objectif et leur souci premier.

 

Apres ce préalable, l'objet de ce travail, c'est‑à‑dire l'intervention sur la langue, pouvait s'envisager d'une manière plus claire et plus concrète. Il nous a semblé qu'un travail de traduction serait le plus à même de montrer les difficultés et les différentes étapes de l'action sur la langue.

Mais quel texte traduire ?

 Le choix devait se porter sur un texte ou le travail sur le lexique serait important, un texte qui soit de préférence une oeuvre universelle, et un texte qui ait un rapport étroit avec les Berbères: Le Coran remplissait toutes ces conditions, et il s'imposait d'autant plus qu'au niveau du lexique religieux, on sait les emprunts massifs à l'arabe de la plupart des dialectes berbères. On peut ajouter un autre argument qui milite en faveur de ce choix: c'est le caractère originel oral du Coran, qui bien qu'il soit un texte écrit, est récité.

 

Le travail à accomplir pouvait donc se laisser appréhender en trois points:

 

1‑ le choix de la forme de la langue à utiliser pour la traduction.

 

2‑ l'intervention sur la langue.

 

3‑ les problèmes posés par la traduction.

 

Le premier point était fondamental puisqu'il déterminait tout le travail à venir: Etablir la forme de langue dans laquelle traduire. Le berbère est fractionné en quelques grands dialectes, eux-mêmes divisés en plusieurs parlers. Il y avait donc au moins trois choix possibles dans le cadre d'un travail du type qui nous intéressait:

 Soit forger une koine à partir des grands dialectes, solution qui a été rejetée car elle s'éloignait trop de la pratique linguistique réelle; car quoi qu'on en dise, les divergences entre dialectes, bien que minimes, sont néanmoins assez importantes pour que cette langue commune se révèle incompréhensible par le locuteur berbérophone; les divergences se situent au niveau de la phonétique, du lexique et de la morphosyntaxe.

 

le néologisme est ici en situation de discours.

 

 

Soit choisir un parler précis avec toutes ses particularités, mais cela aurait pour onséquence de se couper des autres parlers du dialecte, et contribuerait plutôt à un plus grand fractionnement du berbère déjà multiple;

Soit enfin, et c'est la solution qui a été retenue, élever au statut de langue un dialecte ‑ en l'occurrence le kabyle ‑ en aplanissant et en neutralisant les divergences existant entre les parlers le constituant. Les différences les plus importantes sont dues aux assimilations qui sont des réalisations propres résultant de la rencontre de certains phonèmes. Nous avons néanmoins essayé de nous rapprocher des autres dialectes surtout au niveau de l'écrit.

 

Le problème du choix de la langue étant résolu, on pouvait des lors intervenir sur celle‑ci. Le déficit lexical dans le domaine religieux est important dans le dialecte choisi et ne pouvait être résorbé qu'en faisant appel aux emprunts internes (c'est‑à‑dire appartenant au fond berbère) ou externes (c'est-à- dire aux autres langues en présence telles que l'arabe ou le français). Une grande partie de ces derniers ‑ provenant de l'arabe ‑ est d'ailleurs en usage en kabyle. Nous avons opté résolument et exclusivement pour des emprunts internes en remplaçant une grande partie des emprunts à l'arabe - dont certains sont très courants ‑ et en introduisant d'autres quand cela était nécessaire. Cette solution peut paraître un peu trop extrême, mais deux raisons principales justifient cette démarche:

‑ d'abord, un vocabulaire élaboré nous a semblé indispensable pour une oeuvre de cette importance, et on ne pouvait conserver les nombreux emprunts, mis à part des termes empruntés à l'arabe ou au latin, très anciennement berbérisés et bien intégrés à la langue,

 ‑ ensuite et cela a trait à l'acceptabilité des néologismes, le choix des sourates traduites dans ce travail n'est pas fortuit, car celles‑ci sont celles qui sont les plus connues et employées dans la prière. Tout musulman, pratiquant ou non, en connaît au moins quelques‑unes, ce qui permet de renvoyer le signifiant de certains néologismes à un signifié qu'il peut appréhender. Ce n'est bien entendu qu'un complément, mais il n'est pas négligeable, car le néologisme est ici en situation de discours.

 

Le lexique que nous avons établi est formé sur la base de racines berbères, dont nous avons dérivé des noms ou des verbes, suivant les règles dégagées dans l'étude de la langue. Les néologismes sont mis en conformité avec le kabyle lorsqu'ils sont empruntés tels quels, en particulier pour ce qui est des correspondances entre phonèmes, de l'état d'annexion et des conjugaisons. Les noms et les verbes du lexique sont

 

définis de façon complète de façon à pouvoir être exploités correctement par des utilisateurs potentiels. Il est certain que la régularité et la conformité ne sont pas des critères suffisants d'acceptabilité, étant donné d'une part, justement l'irrégularité fondamentale du lexique et d'autre part ce que montre l'expérience des autres langues et celle ‑ certes jeune ‑ du berbère même. Il faudrait certainement une étude sémiotique (c'est‑à‑dire des relations du couple signifié ‑ société humaine) et sémiologique (celle du couple signifié ‑ signifiant) a posteriori.

 Le choix des racines s'est fait en suivant une méthode d'élimination qui a été appliquée chaque fois qu'elle était possible. Schématiquement, elle consiste en trois temps:

 ‑ d'abord, rechercher les racines berbères correspondant à la notion que l'on veut rendre,

 ‑ ensuite, éliminer les racines pouvant entrer en conflit avec celles du dialecte de référence et source d'ambiguïté,

 ‑ et enfin, retenir la racine commune au plus grand nombre de parlers.

Un néologisme entre dans l'usage en suivant parfois des voies tortueuses et pas toujours rationnelles, mais la plupart de ceux que nous proposons auront au moins un mérite, celui de faire partie des schèmes dérivés d'une racine, en offrant la possibilité d'en dériver tous les autres en pleine connaissance de cause et former ainsi une famille.

 L'index placé en fin de volume facilite la consultation mais il est complémen-taire du lexique, puisqu'il renvoie à la racine: l'un ne va pas sans l'autre.

 Cette recherche lexicale n'est d'ailleurs que l'embryon ‑ si l'on peut dire ‑ d'un travail plus important sur les racines berbères, considérées des points de vue synchronique et diachronique.

 

Le troisième point concerne la traduction elle-même qui n'est pas sans lien parfois avec le lexique élaboré. Ici, les difficultés rencontrés ‑ en dehors des attitudes magiques comme les appellent Georges Mounin dans son livre "les problèmes théoriques de la traduction" et qui sont fortes pour le Coran ‑ sont de deux ordres: elles concernent le sens et le style.

Une bonne traduction doit rendre au moins le sens et éventuellement le style.

Il faut donc donner le sens, mais quel sens ? Le texte coranique est peut-être par définition l'Ecriture à sens multiples, du moins pour certains de ses passages. La traduction du Coran est tributaire de son exégèse et des commentaires postérieurs, car d'une part, un grand nombre de passages coraniques sont liés à des événements de la vie du Prophète ou de sa famille et d'autre part, certains passages ou lexèmes sont tellement obscurs que l’exégèse propose jusqu'à une dizaines d'interprétation ! Il est donc indispensable de connaître l’exégèse et les circonstances de la Révélation pour donner une traduction correcte.

La traduction proposée ici est celle qui nous a semblé la plus plausible, tenant compte de l’exégèse et des travaux des orientalistes. Et quand cela était vraiment nécessaire, nous avons donné une autre lecture en note.

Il restait la question du style. Traduire dans un style proche de celui du texte coranique n'a pas été notre préoccupation première, car c'est le sens qui primait pour nous. Le style du Coran peut être assimilé à de l'homéotéleute, c'est-à-dire à de la prose rimée. Certains traducteurs comme André Miquel dans sa traduction en français de la sourate "l'Evénement", ont essayé de reproduire le système des rimes coraniques, mais le résultat est - nous semble-t-il - que le texte original a parfois été forcé. Pour notre traduction, nous avons essayé d'introduire des rimes ou des assonances chaque fois que cela était possible, mais sans faire de recherche poussée dans cette voie, car cela aurait compliqué outre mesure la lecture, qui est déjà ardue.

 Nous avions d'ailleurs un atout: le berbère est une langue appartenant à la famille chamito-sémitique et la traduction est peut-être plus aisée que dans une langue d'une autre aire linguistique. Cela est valable pour la rime. Cela est valable pour la rime, qui est dans beaucoup de cas basée sur l'homophonie grammaticale (en particulier le suffixe de pluriel et les pronoms affixes), mais également pour les autres procédés stylistiques qui font la force du Coran, tels que l'antépiphore et l'anaphore.

Signalons également la paronomase, combinée souvent avec la rime, que nous avons essayé de rendre de manière équivalente.

   En conclusion, cette traduction n'est qu'un essai qui pourra être amélioré à la lumière d'études complémentaires et des réactions qu'elle suscitera - en particulier la réception et la perception de la

traduction, les études sémiotiques et sémiologiques. Nous avons cependant le sentiment d'avoir avancé sur un point: montrer que le berbère, langue minoritaire, minorée et frappé d'incapacité selon certains, est en mesure de manipuler un texte aussi riche et aussi chargé affectivement et émotionnellement et peut-être contribuer à permettre d'arriver à une vision plus sereine du texte coranique et partant de la religion musulmane.

 

 

 Kamal NAIT-ZERRAD est docteur de l 'INALCO (Institut National des Langues et Civilisations Orientales) en langue, littérature et civilisation berbères, et docteur de l 'INPG Institut National Polytechnique de Grenoble) en micro-optoélectronique.

 

Ouvrages (domaine berbère):

-Manuel de conjugaison kabyle (le verbe en berbère), L'Harmattan, Paris, 1994

-Grammaire du berbère contemporain (kabyle), I‑ Morphologie, ENAG, Alger, 1995

 

-Grammaire du berbère contemporain, II‑ Syntaxe, à paraître (octobre 1996)

-dictionnaire thématique français ‑ berbère avec index berbère ‑ français (à paraître)